Les réseaux de l'Anelfa sont en veille pour lutter contre la grêle

Un diffuseur d'iodure d'argent est installé au Château Grimont, chez les frères Paul (à gauche) et Jean Yung (à droite). Marc Duval entretient le réseau de l'Adelfa en Gironde. PH. CLAUDE PETIT© PHOTO 

CLAUDE PETIT
Marc Duval est en pleine saison. Technicien de l'Association départementale d'étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques (Adelfa), il parcourt toute la Gironde pour s'occuper de la maintenance des 112 postes que l'association y gère (plus de la moitié d'entre eux étant chez des viticulteurs bénévoles et volontaires). Ancien pompier, l'homme est devenu spécialiste de la lutte antigrêle.

« Le système est simple », explique-t-il en allumant un gicleur sous une mini-cheminée métallique et cylindrique. « Il s'agit d'envoyer dans l'atmosphère une solution à base d'iodure d'argent. Elle monte à plusieurs kilomètres dans le ciel et ensemence les nuages pouvant apporter la grêle. »

Il s'y forme alors davantage de grêlons, mais de taille plus petite : en tombant, ils pourront même fondre avant d'atteindre le sol. Ce qui est plus difficile pour les gros grêlons, qui causent les plus grands dégâts. L'efficacité du système tient au maillage, le plus dense possible, du territoire considéré. En l'espèce, le département de la Gironde. « Il nous faudrait peut-être une quinzaine de postes supplémentaires. Les volontaires ne sont pas légion. Pourtant, cela ne coûte rien », précise le technicien, en plein travail d'entretien au château Grimont, à Quinsac, à 15 kilomètres au sud de Bordeaux.

Nous sommes ici chez les frères Paul et Jean Yung, à la tête de 130 hectares de vignes et d'une trentaine d'hectares de vergers (pomme). C'est une des plus importantes exploitations du secteur. Derrière le chai, une petite cabane abrite deux bombonnes de combustible, et le brûleur est à l'extérieur. « Équipés depuis quelques années, nous savons que certains sont sceptiques sur l'efficacité de cette lutte. Nous y croyons : elle atténue fortement les dégâts potentiels. Dans tous les cas, elle ne nous coûte rien, si ce n'est la contrainte d'être disponible pour l'allumage, n'importe quel jour, si l'alerte est donnée », explique Paul Yung, dont l'exploitation est par ailleurs assurée contre la grêle. Deux précautions valent mieux qu'une. Cette lutte est surtout financée par le Département et la Région.

Allumer si l'alerte est donnée

La grêle, qui peut causer de gros dégâts sur les habitations et les cultures, a encore frappé des vignobles régionaux fin avril et début mai. Et le risque court jusqu'en octobre. Ce système de lutte à base d'iodure d'argent, existant depuis 1951, est géré par une association nationale, l'Anelfa, dont le siège est à Toulouse (1). Une quinzaine de départements du Grand Sud-Ouest possèdent des associations de lutte (près de 700 postes au total). C'est le cas en Gironde, dans les Landes, en Pyrénées-Atlantiques et dans les deux Charentes. En Lot-et-Garonne, nombre d'agriculteurs fruitiers utilisent la technique (onéreuse) des filets antigrêle, comme dans les vignobles argentins, par exemple.

« Nous allumons notre brûleur une quinzaine de fois par an, sur une douzaine d'heures en moyenne. Et ce, uniquement à réception d'un message d'alerte de l'Anelfa sur notre téléphone portable. Il faut s'y prendre en mode préventif, avant l'arrivée des nuages », rappelle Jean Yung. C'est Météo France qui analyse les situations critiques et informe l'association toulousaine, avec qui une convention a été signée. Comme pour tous les phénomènes météo, la garantie absolue n'existe pas. En mai 2009, par exemple, l'alerte n'a pas été donnée et de violents orages ont touché la Gironde sur des milliers d'hectares. Le compteur est déjà à 600 hectares cette année.

(1) www.anelfa.asso.fr